Rechercher dans ce blog

Cliquez sur les photos pour les agrandir


mercredi 24 février 2010

Vedettes aux yeux clairs


Depuis le début de notre voyage, Émilie et Marianne ont dû s'habituer à manger des mets exotiques, à dormir dans toutes sortes de chambres d'hôtel, à dire bonjour en différentes langues, à s'asseoir dans une voiture sans attacher leur ceinture (inexistante) et à traverser les rues même lorsqu'il y a des véhicules qui arrivent (en nous tenant la main, tout de même!...). Elles se sont aussi habituées à se faire dévisager, se faire pointer du doigt et se faire prendre en photo presque tous les jours par des résidants locaux, ébahis devant ces petites filles aux cheveux et aux yeux clairs. Surtout au Népal et ici, au Vietnam, où les cellulaires équipés d'un appareil photo sont assez répandus – du moins dans les villes. La semaine dernière, nous sommes allés au Musée d'ethnologie du Vietnam, à Hanoi. Il y avait des activités spéciales pour la fête du Têt (le nouvel an lunaire) et les familles vietnamiennes étaient sorties en masse pour en profiter. Les filles ont été prises pour cibles de multiples appareils pendant toute notre visite. Puis, à la fin, des femmes d'une troupe de danse en vêtements traditionnels se faisaient photographier dans les marches du musée. Elles se sont ruées sur les filles pour se faire prendre en photo avec elles. Il y a eu un attroupement de caméras devant le tableau. Ça n'en finissait plus! À la fin, toute la famille s'est fait prendre en photo avec la troupe. Hilarant! Nous avons acheté pour les filles des ao dai, le costume traditionnel vietnamien, composé d'une tunique en soie avec des broderies et de pantalons amples. Les filles veulent les porter pour se promener en ville, mais j'hésite: je crains que nous ne puissions pas avancer à cause des trop nombreuses caméras.

En Birmanie, où les cellulaires sont moins répandus – ils coûtent 1500$! -, les filles ont posé un peu moins. Mais elles ont été couvertes de petits cadeaux: bracelets, petites sacoches, fleurs, jouets, fruits, bonbons, etc. Bon, les enfants ne devraient pas accepter de bonbons de la part d'un étranger, mais les birmans sont les gens les plus gentils qu'on ait rencontrés, alors on a fait une entorse à la règle. Suffisait que les filles disent à une jeune employée de l'hôtel qu'elle avait un joli bracelet pour que la jeune fille le leur donne. Elles ont vite compris le truc et nous avons dû intervenir pour qu'elles ne dépouillent pas les gentilles dames de leurs bijoux.

Pour en revenir aux photos, nous songeons à demander un tarif pour chaque cliché de nos filles... Ben quoi, elles pourront ainsi contribuer aux frais du voyage! Mais je ne sais pas comment elles se réadapteront à la vie à Montréal, lorsqu'elles redeviendront des petites filles comme les autres...

Nous nous sommes amusés à photographier les photographes photographiant nos filles. Les voici:


En Thaïlande



Au Népal





En Birmanie


Au Vietnam




mardi 16 février 2010

Birmanie, le bout du monde



La dictature militaire maintient les Birmans dans une relative isolation. Ils ne peuvent regarder les chaînes internationales à la télé. L'accès à Internet est censuré, et de toute façon réservé aux mieux nantis. Même le téléphone est un luxe qui n'entre que dans les maisons de riches. Les Birmans ordinaires font leurs appels dans la rue, sur des téléphones (avec fils!) posés sur des tables. Bonjour la confidentialité! Quant aux téléphones cellulaires, leur prix est exorbitant: 1500$. Réservé aux richissimes – le revenu moyen en Birmanie est de 200$ par année.


« Les gars, vous pouvez vous boucher les oreilles pendant que j'appelle ma chérie? »

Coupés du reste du monde et très pauvres, les Birmans ont donc conservé leurs traditions plus qu'ailleurs en Asie. Voici ce qui nous a étonné à notre arrivée:

Tout le monde en jupe!

Les hommes comme les femmes portent le longyi, un genre de sarong. C'est une pièce de tissu, cousue sur elle-même, fleurie pour les femmes, à carreaux pour les hommes. Je m'en suis acheté un, mais n'ai pas réussi à convaincre Marco de faire de même. Pour le faire tenir, il faut le replier et en rentrer un bout à la taille pour le coincer. Mais ça ne tient pas très bien. On voit donc à tout bout de champ, en pleine rue, les gens ouvrir leur longyi pour le resserrer. Avec un bouton ou un ruban, ça tiendrait mieux, il me semble... Il ne mettent des attaches que sur les longyis pour enfants, comme ceux que j'ai acheté pour Émilie et Marianne.


Vendeur de poulet en longyi, au marché à Rangoon

La face blanche

Les birmans se barbouillent le visage de thanakha, une pâte blanchâtre faite à partir d'écorce broyée. Ça les fait ressembler à des spectres. C'est censé les protéger du soleil et aussi contribuer à blanchir la peau. Mais certains ne s'en mettent que deux traces sur les joues. Et pour les enfants, on s'en sert pour faire des dessins. Alors je crois que c'est devenu plus une décoration qu'autre chose.




Petite princesse au parc à Rangoon Élèves de maternelle dans la cour d'école en début de journée 




Femmes de l'ethnie pa-o, le jour du marché, sur les rives du lac Inle Émilie décorée au thanakha


Rouge bétel

Les gens, surtout les vieux en campagne, mâchent de la noix de bétel, de couleur rouge. Les noix sont emballées dans une feuille de bananier. Ça fait un assez gros paquet dans la bouche, alors quand ils essaient de parler anglais avec ça, déjà que leur connaissance de la langue est assez rudimentaire, on ne comprend pas grand-chose. Ils mâchent leurs noix de bétel comme nous on mâche de la gomme. Sauf qu'ils doivent cracher au bout d'un moment. Où crachent-ils? Par terre. Les trottoirs sont constellés de tâches rougeâtres. Et beaucoup de birmans se retrouvent avec les dents tachées de rouge, ce qui n'est pas du plus bel effet.

 à

Vendeuse de fleurs à la bouche rouge de bétel, dans un temple de Mandalay


Tout pour Bouddha!

La Birmanie est couverte de pagodes, de temples et de monastères. Difficile de faire un kilomètre sans voir l'une de ces constructions dédiées à Bouddha. Et les pagodes grouillent de dévots, qui prient et font des offrandes à Bouddha: des fruits, des fleurs, de l'encens, des bonbons, des boissons gazeuses (!). En certains endroits, les fidèles collent des feuilles d'or sur les statues de Bouddha. Les temples sont d'une richesse incroyable, les toits brillent d'or véritable, des céramiques magnifiques ornent les murs et les planchers. C'est très beau, et la ferveur des dévots est très touchante. Dans chaque maison, on trouve aussi un petit autel dédié à Bouddha, où les habitants déposent des fruits et des fleurs en offrande. Mais ces familles sont parfois très pauvres, et les fruits qu'elles offrent à Bouddha, elles ne les donnent pas à leurs enfants. C'est un peu choquant de voir toute la richesse des sanctuaires alors qu'il y a, à l'entrée, des enfants qui mendient, sales et en loques.


Fidèles priant à la Paya Shwedagon, la plus grande de Birmanie Colline couverte de temples à Pathein, près de Mandalay


Marianne et Émilie avec un nouvel ami, à Pathein La rue où les Bouddhas prennent forme, à Mandalay




Moines de retour de leur tournée quotidienne pour demander l'aumône, à Nyangshwe


Jeunes moines pas très sérieux à leur session d'étude


Courrier au bout du fil

Sur les façades des immeubles, à Rangoon, on voit pendre des fils, auxquels sont attachés des pinces ou des sacs. Ça sert à déposer le journal ou le courrier, sans que les résidants n'aient à descendre quatre ou cinq étages à pied. Comme la plupart des gens n'ont pas le téléphone à la maison, ça peut aussi servir à déposer des messages. Mais on voit souvent des gens, dans la rue, crier à quelqu'un au cinquième étage qui sort sur son balcon pour répondre.

Génératrice power!

L'électricité manque plusieurs fois par jour, et pour plusieurs heures. Les hôtels, les commerces et les grandes entreprises sont donc tous équipés de grosses génératrices, qui font un boucan d'enfer et beaucoup de pollution dans les rues. À notre hôtel de 10 étages de Rangoon, les clients restaient régulièrement coincés dans l'ascenseur avant que le personnel ne démarre la génératrice. Mais à notre petite pension de Nyangshwe, près du lac Inle, on se passait de courant pendant la journée; la génératrice ne démarrait que le soir.

À notre dernière journée à Rangoon, nous marchions dans une petite rue pendant une panne d'électricité, et là, avec le boucan des dizaines de génératrices, les klaxons tonitruants des autobus, le bruit des moteurs, les cris des marchands, le vendeur de crème glacée qui faisait sonner sa cloche, la musique jouant à tue-tête dans les commerces et les vendeurs d'eau qui faisaient tinter ensemble leurs tasses en fer blanc... j'ai eu une overdose de bruit! Comment des gens arrivent-ils à passer la journée dans ce vacarme?

Des liasses de billets

Le plus gros billet en circulation est le 1000 kyats, qui vaut 1$... Vous pouvez vous imaginer les liasses avec lesquelles on devait se promener quand on changeait 500$! Heureusement, on pouvait payer l'hôtel et les billets d'avion en dollars US. Mais comme il n'y a aucun guichet automatique en Birmanie, que les cartes de crédit ne sont pas acceptées, ni les chèques de voyage, il faut arriver avec assez de dollars US pour couvrir le coût de notre séjour – dans notre cas, 3200$ pour quatre semaines. Et nous avons constaté qu'ils sont très pointilleux au sujet des billets américains: ils n'acceptent pas un billet avec une pliure, une égratignure ou un peu d'usure. Vous lirez à ce sujet mon texte sur www.protegez-vous.ca, qui devrait être en ligne d'ici deux ou trois semaines.


Marianne montrant 500$ en billets de 1000 kyats. Impossible d'entrer ça dans un portefeuille.


La tête solide

Les Birmanes sont expertes dans l'art de transporter en équilibre sur leur tête toutes sortes de marchandises: paniers de fruits et de légumes, plateaux de thé, bois de chauffage, balles de foin, etc. Elles sont d'une force étonnante et travaillent beaucoup. Marianne, observatrice, nous a demandé: « Pourquoi les femmes travaillent tout le temps et les hommes ne font rien? ». Bonne question, ma fille. J'en ai profité pour lui expliquer deux ou trois choses et pour commencer à implanter chez elle les germes du féminisme...

 


  


La musique

Nous avons bien ri en entendant, à la radio, une multitude de vieux succès des années 80 et 90, adaptés en langue birmane. Et pas toujours les meilleurs. Qui se souvient de «Kiss Me», de Six Pence None the Richer, «Total Eclipse of the Heart» de Bonnie Tyler, ou «Making Love» de Air Supply? Nous aimons bien Neil Young, alors entendre «Heart of Gold» en birman, avec de petits claviers cheap nous a fait grincer des dents... Par ailleurs, les Birmans chantent beaucoup. Les jeunes jouent de la guitare dehors, en gang. Un succès que l'on a entendu souvent à la radio a accroché notre oreille. À notre dernière journée au pays, on s'est retrouvés tous les quatre dans un magasin de disques de Rangoon, en train de chanter la toune en question aux vendeuses, crampées de rire. Mais on a trouvé la toune!

Les maisons en bambou

En campagne, la majorité des birmans vivent dans des huttes de bambou, au toit de paille, construites sur pilotis, sur la terre ferme ou sur l'eau (dans la région du lac Inle). Souvent, ces maisons tiennent sans aucun clou, tout est attaché avec des lanières de bambou. Il n'y a généralement aucun meuble à l'intérieur. Les gens mangent par terre et dorment sur des nattes. Il y a une plaque de ciment pour faire le feu pour la cuisine, au milieu de la maison, sans cheminée. La fumée s'échappe par les interstices. Nous avons mangé et dormi dans ces huttes, lors d'une randonnée de deux jours dans les collines près du lac Inle. Il faisait froid, le vent se faufilait partout. Brrr...

Maisons sur pilotis sur le lac Inle La douche en plein air


Nos guides préparent notre repas dans une cuisine empruntée Notre hutte de bambou d'une nuit, dans les collines près du lac Inle


Circulation sans lumières

Dans les campagnes, on croise plus de charrettes à boeufs, de carrioles à cheval, de vélos et de trishaws – vélos avec un sidecar pouvant asseoir deux personnes - que de voitures. Mais la moto est reine partout. En ville, il y a tout de même pas mal de voitures. Aux intersections, c'est un spectacle ahurissant: il n'y a pas de feux de circulation – ou alors ils sont en panne. Les véhicules se croisent en se frôlant, dans un ballet incessant qui donne des sueurs froides. Le but de tous les conducteurs semble être de s'arrêter le moins souvent possible, même quand des véhicules arrivent en même temps qu'eux à l'intersection. Les seuls qui ne s'arrêtent jamais, ce sont les bus et les camions: priorité au plus gros! Les autres font ce qu'ils peuvent. Et les piétons, je vous dis pas...De vieux camions circulent avec le moteur à découvert, on les entend arriver de très loin.



dimanche 7 février 2010

Mandalay (non) Express


Il faisait encore noir lorsque nous avons empilé nos bagages dans le taxi déglingué pour nous rendre à la gare de Rangoon. Les rues fourmillaient déjà de citadins se rendant au travail ou à la pagode pour prier, à pied, en vélo, en moto (à quatre!), en bus, en trishaw – un vélo avec un genre de sidecar pouvant recevoir deux personnes. Des porteurs attendaient au coin du stationnement de la gare. Lorsqu'ils ont vu nos visages pâles d'étrangers, ils se sont rués en direction de notre taxi. Ils ont été déçus: nous portons nous-mêmes nos sacs à dos, même les filles. Nous avons attendu dans la cohue que les grilles s'ouvrent pour nous donner accès à notre train. Sur le quai en face, des gens dormaient sur des nattes de bambou, posées à même le sol en attendant leur correspondance. Une loueuse de nattes attendait les clients devant sa pile.

Lorsque le cliquetis des clés s'est fait entendre dans la serrure de la grille, une marée humaine s'est précipitée dans la petite ouverture. Nous nous sommes frayés un chemin tant bien que mal jusqu'à notre wagon, en tenant bien fort la main des filles.

Ce train doit sûrement dater des années 50, et peut-être même du déluge. « Pourquoi ils ne font pas le ménage ? », a demandé Émilie en s'installant. Bonne question. Encore une chance que nous étions en classe « supérieure »: les sièges de la classe ordinaire sont en bois. Les nôtres étaient un petit peu rembourrés, mais ils restaient constamment inclinés, le mécanisme permettant de les remonter étant défectueux. Après 17 heures sur ces sièges de l'après-guerre, nos postérieurs seront en compote...

Nos voisines d'en face, des Birmanes dans la cinquantaine, tentent de trouver de la place pour les nombreux gros sacs de plastique qui leurs tiennent lieu de bagages. Je vois dépasser, pêle-mêle, une queue de poisson séché, des bouteilles d'eau vides, des bidons de plastique, une guirlande de Noël, des vêtements et chaussures, etc. Elles tiennent absolument à garder leur poisson à leurs pieds – donc aux nôtres aussi, à Marianne et moi. L'odeur commencera à nous monter au nez dès la quatrième heure, environ. Les Birmanes sortent leur chapelet et commencent à prier.

Bientôt, le convoi se met en branle, ballottant et poussif, sous un ciel qui vire au bleu pâle, toutes fenêtres ouvertes – elles le resteront pendant toute la durée du voyage. Il fait froid. Dans le petit matin brumeux, nous voyons des gens bien emmitouflés longer le chemin de fer avec leur boîte à lunch, un contenant rond à trois étages en acier inoxydable. Quand le soleil se lève, nous avons atteint la campagne. Hélas, la première chose que le jour révèle, ce sont les amoncellements de déchets tout le long de la voie ferrée et près des cours d'eau et des étangs. Nous semblons être les seuls à nous en formaliser, les autres passagers continuent de jeter leurs déchets par la fenêtre. Dans ces immondices, derrière leurs petites maisons aux murs de bambou tressé, des enfants sont accroupis les fesses à l'air, tout à leur première besogne de la journée. Quand on n'a même pas les moyens de se payer des latrines, à quoi la vie peut-elle ressembler?

Il faut réussir à regarder au-delà des ordures pour apprécier les tableaux qui se présentent ensuite: enfants se rendant à l'école, à trois sur un vélo trop grand, dans leurs uniformes verts et blancs, le visage barbouillé de thanaka (une pâte blanchâtre venant de l'écorce d'un arbre, censée les protéger du soleil); paysannes portant chapeau de paille conique et longyi (sarong) coloré, occupées à la récolte dans les rizières vert tendre; pagodes et temples scintillant de toutes leurs dorures; moines vêtus de leur robe pourpre, revenant en file indienne de demander l'aumône au village; femmes faisant leur toilette près du puits communal, vêtues de leur « longyi de douche »; charrettes tirées par des boeufs transportant un chargement de bois ou de foin; minibus bondés, pris d'assaut jusque sur le toit, avec des membres qui dépassent des fenêtres et des portes... Notre train avance à la vitesse de la tortue, ce qui nous donne le temps d'apprécier tout ça.

Pendant ce temps, à l'intérieur, les passagers prennent leurs aises. On s'étend partout où c'est possible. On sort des collations. Nos voisines d'en face offrent à Marianne des biscuits, du tamarin (un petit fruit local), un maïs vendu par une vendeuse ambulante. Émilie, assise derrière nous avec Marco, est en train de conquérir nos voisins de derrière en leur faisant des blagues. Tous les passagers suivent ses pitreries. Ça lui vaut de recevoir une sucette. Les filles passent le temps en dessinant et font quelques siestes. Marco et moi devenons de plus en plus ankylosés à mesure que les kilomètres défilent.

À chaque arrêt, le train est pris d'assaut par des vendeurs ambulants portant leur marchandise sur leur tête. On nous offre du melon d'eau, de l'ananas, du maïs, du riz au poulet, du poisson séché, de l'eau, du thé, des cigares, des noix de béthel, etc. Les vendeurs font toujours un arrêt prolongé devant nos sièges pour dévisager les filles, leur toucher les cheveux et leur pincer les joues. Des enfants montent aussi à bord pour mendier ou récupérer les bouteilles vides, qui sont réutilisées pour une foule d'usage (eau, huile à cuisson, essence, etc.). Quand le train se remet en branle, tout ce monde se précipite vers la porte et saute sur le quai pendant qu'on roule. Le seul endroit où il n'y a pas de vendeurs itinérants, c'est la gare propre et moderne de Nay Pyi Taw, la nouvelle capitale de la Birmanie. En 2005, la junte militaire a soudainement déplacé la capitale de Rangoon à ce trou perdu, au milieu du pays. Les opposants soutiennent que les militaires ont voulu éloigner le pouvoir du peuple. En tout cas, cette décision de bâtir une ville de toutes pièces a coûté des millions de dollars. Nous ne descendons pas, mais on décrit la capitale comme une ville quadrillée d'artères à six voies, où la moitié des édifices sont inoccupés. Dans la banlieue, nous pourrons voir des quartiers en construction pour loger les fonctionnaires, dans des maisons toutes pareilles, avec toilettes dans la cour.

Après 12 heures de train birman, on commence sérieusement à rêver de Via Rail. Le soir tombe, il commence à faire froid, les fenêtres restent ouvertes. Tant mieux! J'ose à peine imaginer l'odeur si elles étaient restées fermées tout le voyage. Le coucher de soleil sur la campagne est magnifique, mais on ne l'apprécie par vraiment. On veut juste arriver! J'ai mal au dos. Le bruit que font les joints dans les rails (Tu-tuk, tu-tuk, tu-tuk, pendant 17 heures!) nous fait l'effet du supplice de la goutte d'eau sur le crâne. J'ai envie de balancer le poisson séché par la fenêtre pour pouvoir m'étirer les jambes. Les filles dorment, bienheureuses. Nous passons quelques temples décorés de lumières multicolores, avant

d'arriver à Mandalay. Soulagement! En 17 heures, nous avons parcouru 700 kilomètres seulement. L'enfer. Nous nous promettons de prendre l'avion pour rentrer à Rangoon, dans trois semaines.



On aurait dû se douter dès le début de la galère dans laquelle nous embarquions...


Lever de soleil sur la campagne birmane


Sur le quai d'une gare de province







Des nouvelles de Birmanie


Le pont de U Bein, à Amarapura en Birmanie

Nous venons de quitter la Birmanie, après quatre semaines. Même si nous avons trouvé le pays magnifique, je n'ai pas blogué pendant que nous y étions parce que je voulais éviter à tout prix que ça se sache que des journalistes étrangers s'y trouvaient. Je ne me prends pas pour une star de l'information, et je suis certaine que les généraux qui dirigent la Birmanie ont d'autres chats à fouetter que de s'intéresser à nous. Mais les journalistes sont persona non grata dans le pays. Lorsque le cyclone Nargis a dévasté les régions côtières de la Birmanie, en 2008, les médias n'ont pu rendre compte des dommages; le pays a même fermé ses frontières à l'aide humanitaire! La junte militaire ne veut pas de témoins qui pourraient rapporter ses incompétences ou la façon dont elle bafoue les droits de sa population. Il est bien documenté que le régime force ses citoyens à travailler, sans rémunération, pour réaliser certains travaux publics. L'armée se finance par l'extorsion; elle inciterait même des paysans à cultiver le pavot (la substance de base de l'héroïne), qui rapporte plus que la culture du thé, pour pouvoir leur extorquer de plus grosses sommes - voir le Courrier international du 4 février. En 2007, lors de manifestations contre la hausse du prix de l'essence menées par des moines bouddhistes, l'armée a tiré dans la foule. Résultat: au moins 31 morts et des images très disgracieuses de soldats battant à mort des moines pacifiques. Depuis des années, l'armée se bat contre des milices ethniques dans plusieurs régions du pays. La Birmanie regorge de pierres précieuses, de pétrole, de gaz naturel et de bois de teck, mais sa population compte parmi les plus pauvres d'Asie. La nouvelle capitale, construite au milieu de nulle part à coups de millions$, est une ville fantôme et un gouffre financier. Bref, il se passe des choses pas trop « bouddhiques » dans ce pays, et le gouvernement ne tient pas à ce que ça fasse jaser.

Certaines personnes à qui nous avions parlé nous avaient rendus un peu paranoïaques. Nous n'avions pas mentionné sur nos blogues notre intention de visiter le pays. Nous avons fait nos demandes de visas en cachant notre profession, mais nous craignions que les fonctionnaires fassent une recherche avec nos noms dans Internet. On entendait dire que nous serions suivis, que nos bagages seraient fouillés. On s'attendait à ce qu'il y ait des policiers partout, et qu'ils nous passent les menottes si nous sortions un carnet de notes pour faire une entrevue... On ne voulait pas se retrouver en prison avec nos fillettes!

Finalement, notre séjour a été des plus paisibles. Il y a bien eu quelques questions au moment de la demande de visa sur le «travail» inventé pour Marco (« Depuis quand enseigne-t-il à cette école? À quel niveau? Où est-elle située? »). Mais rien à notre arrivée à l'aéroport. Il faut dire que les employées de l'immigration étaient subjuguées par les filles... Voyager avec des enfants, c'est un bon truc pour écarter tout soupçon!

Si nous avons été suivis ou surveillés pendant notre séjour, nous n'y avons vu que du feu. Un restaurateur de Nyangshwe, au centre du pays, nous a raconté que, jusqu'à tout récemment, des partisans du régime enregistraient les conversations qu'il tenait avec les touristes dans son établissement. Ils faisaient ensuite traduire le tout pour vérifier s'il médisait du gouvernement. Mais cette pratique semble avoir cessé. Le régime du généralissime Than Shwe, qui règne en despote sur le pays, semble s'assouplir un peu. Il cherche l'approbation de la communauté internationale pour que la nation cesse de faire partie des parias. Un émissaire américain a été reçu en décembre dernier, une première en 14 ans! Des élections seront tenues cette année (les premières depuis 1990), et les généraux affirment qu'ils laisseront les gens voter librement. Nous avons lu un éditorial dans le journal Myanmar Times, contrôlé par l'état, où l'on appelait à des élections libres, à la liberté d'expression et la liberté de presse.

Mais dans les faits, ça ne bouge pas fort. Aung San Suu Kyi, la chef de la Ligue pour la démocratie, est toujours confinée chez elle, en résidence surveillée. Le parti n'a pas le droit de tenir des rassemblements. Les généraux ont annoncé qu'ils se réserveront 25% des sièges, peu importe le résultat du scrutin. La date des élections n'est toujours pas déterminée, ce qui n'aide par les partis à se préparer – on parle d'octobre prochain, mais il semble que c'est l'astrologue du général Than Shwe, très superstitieux, qui aura le dernier mot.

Beaucoup de Birmans à qui nous avons parlé sont sceptiques devant la volonté du régime de tenir des élections réellement libres. Ils voudraient y croire, mais sont méfiants. Certains souhaitent que l'excès de confiance des militaires se retourne contre eux. « Les généraux sont tellement déconnectés de la population qu'ils sont certains de gagner les élections, même sans trucage », nous a dit une guide rencontrée à Mandalay, la deuxième plus grosse ville du pays. Ça lui fait espérer que le scrutin sera vraiment libre. Lors des dernières élections, en 1990, le régime militaire était aussi certain de l'emporter. Finalement, c'est la Ligue pour la démocratie qui a gagné, avec 82% des voix. Les militaires ont refusé de lui céder le pouvoir et la leader, Aung San Suu Kyi, est détenue de façon plus ou moins continue depuis. L'histoire se répètera-t-elle? On attend avec impatience de le savoir.

***

Donc, nous avons quitté la Birmanie. Nous sommes maintenant à Hanoi, au Vietnam. Mais j'ai encore d'autres histoires au sujet de la Birmanie avant de vous parler du Vietnam, où l'on devrait passer plus d'un mois.

Quelques uns des 4000 temples de Bagan, l'un des sites les plus particuliers que j'aie vus


Beaucoup d'or dans les temples, peu de cahiers dans les écoles... Ça m'horripile terriblement!


Femme magnifique de l'ethnie pa-o, au marché de Nyangshwe


Gamins à Amarapura. La population birmane vit dans une grande pauvreté. Pendant ce temps, la junte militaire déplace la capitale à grands coups de millions $.



Femmes pa-o retournant dans leur village, très chargées, après le marché hebdomadaire à Nyangshwe