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samedi 10 avril 2010

L'Asie dans les yeux des enfants

Nos filles adorent dessiner, surtout Marianne. En voyage, c'est un super passe-temps. Et c'est une super façon de raconter le voyage. Elles ont autour d'elles des sources d'inspiration sans fin. Voici quelques uns de leurs dessins et les paysages qui les ont inspirés.

Je constante qu'elles n'ont dessiné que les «belles choses» plutôt que les moins belles, comme les amoncellements de détritus ou les photos des atrocités commises à My Lai lors de la guerre du Vietnam - des centaines de civils tués par les Américains, je vous en reparle...

La randonnée au milieu des bambous, en Birmanie, vue par Marianne





Les vendeuses de fruits de Birmanie


Les multiples visages de Bouddha













Le pont U-Bein, près de Mandalay, en Birmanie



Charrettes à boeufs de Birmanie



Les maisons birmanes sur pilotis

Par Émilie



Par Marianne


La baie d'Along


Par Marianne



Par Émilie


Les Vietnamiennes et leurs lourdes charges



Rizières vietnamiennes



Par Marianne

Par Émilie




Along: splendeurs et misères




Nous sommes dans un tableau idyllique: nous naviguons sur une jonque tout en bois, assis sur le pont dans des chaises longues à siroter un verre de vin, en admirant les formations rocheuses qui se dressent hors de l'eau, tout autour de nous. De nouveaux tableaux se forment, les perspectives changent au rythme de notre avancée. Derrière un rocher se cache parfois une maison flottante, et nous pouvons voir ses habitants vaquer à leurs occupations comme si de rien n'était, comme si devant leur balcon ce n'était pas la mer, comme si les vagues ne faisaient pas tanguer leur cabane et toutes leurs possessions.

La brise est douce. Un peu plus tôt, nous nous sommes approchés en kayak des falaises vertigineuses et avons visité une grotte gigantesque, dans laquelle l'écho répétait sans fin nos Ho! et nos Ha!

La Baie d'Along est un site magnifique. C'est grandiose. Impossible de ne pas être ébahi devant ce que la nature a créé là. Regardez mes photos et jugez par vous-mêmes.











Mais tout n'est pas idyllique dans cette expérience. Nous ne sommes évidemment pas les seuls à trouver cet endroit magnifique. La Baie d'Along est envahie par des hordes de touristes qui veulent s'en mettre plein la vue. Au port de la ville d'Along, le parking des jonques déborde et il faut jouer du coude pour arriver à suivre notre guide, qui nous mène vers le bon bateau. On lève l'ancre pour prendre le large en même temps que des dizaines d'autres jonques, dont les voiles sont des décorations – c'est le moteur qui fait la job, le vent n'étant pas assez fiable, trop compliqué à gérer.

Dans la baie où se trouve la grotte Hang Sung Sot, il y a un embouteillage d'embarcations qui veulent décharger leur cargaison de touristes à caméra et bermudas. Même chose dans la grotte, que l'on visite à la file indienne, notre expérience agrémentée par des dizaines de flash de caméras.

Sur notre beau bateau, le serveur nous charge 5$ pour nous permettre de boire notre propre bouteille de vin, même si mon chum l'ouvre lui-même avec son canif. Dans la jolie petite cabine que je partage avec Émilie, il y aura des visiteurs pendant la nuit. D'abord une énorme coquerelle sur le mur à côté de mon lit, que je tue d'un coup de gougoune précis, réveillant sans doute la moitié de mes compatriotes touristes. Ensuite, je dois déduire que c'est un rat qui a essayé de nous rendre visite: sous le lavabo, des lattes de bois servant de porte d'armoire sont grugées, les éclisses de bois dispersées autour. J'entend même la bestiole ronger, mais elle s'éclipse dès que j'ouvre la lumière. J'installe donc un ingénieux dispositif anti-rat, en coinçant des gougounes entre les lattes (Heureusement, dans toutes les chambre d'hôtel vietnamiennes, il y a des gougounes fournies, et c'est la même chose dans les cabines des bateaux. Inutile de vous dire que nous n'avons jamais chaussé les gougounes en question, mais nous leur avons trouvé d'autres usages.) Une fois le dispositif anti-rat en place, j'essaie de me rendormir, bercée par les vagues... Mais ma courte nuit sera interrompue aux premières lueurs du jour par les moteurs des bateaux de pêcheurs.









Mais comment ose-je me plaindre, alors que j'ai sous les yeux une merveille de la nature? Vous l'aurez compris, je n'aime pas beaucoup le tourisme organisé et en groupe. Oui, je sais, nous aurions dû faire comme le recommandait Bruno Blanchet dans son article sur la baie d'Along, trouver nous-même un bateau privé pour nous emmener là où peu de touristes vont. Mais, comme c'est déjà assez compliqué de voyager avec des enfants, nous avons choisi la solution facile et rapide. Ce qui nous a valu de belles rencontres! (voir coquerelle et rat...)

dimanche 4 avril 2010

Hanoi, les motos et nous


Nous sommes arrivés à Hanoi en plein préparatifs de la fête du Têt, le nouvel an vietnamien. Ça signifie que six millions de personnes sillonnaient les rues à moto pour acheter des cadeaux, de la bouffe, des bonbons, de l'alcool et des vêtements chics pour le plus gros party de l'année, qui dure une semaine dans certaines familles. Imaginez le magasinage du 24 décembre multiplié par 100, dans des ruelles étroites comme celles du Vieux-Montréal. Nous qui débarquions de la tranquille Rangoon, nous étions abasourdis par tout ce trafic, ces klaxons, ces motos fonçant à vive allure sans s'arrêter aux intersections. Nous tenions les filles près de nous, mais avions tout de même peur qu'elles reçoivent un rétroviseur de moto derrière la tête – heureusement (ou malheureusement...), la plupart des motos n'ont pas de rétroviseur. En plus, même si nous étions repassés par Bangkok le mois précédent, nous avions oublié ce que ça signifiait de se faire harceler constamment par des vendeurs de souvenirs et de fruits, par des chauffeurs de taxi et de rickshaw. Nous avons dû nous remettre en mode « attention aux arnaques ». Déjà, dans les premiers jours, nous avons été victimes d'un compteur de taxi trafiqué, de grossières exagérations dans les prix et de service pourri dans les restaurants – et c'était avant le vol du portefeuille de Marco.

Friandises pour le Têt

Bike rules


Ces chauffeurs de rickshaw prennent une pause avant de retourner harceler les touristes...

Pressés de décamper, nous sommes allés faire une excursion de deux jours à la baie d'Halong. Mais nous avons dû passer à nouveau par Hanoi avant de partir passer la fête du Têt dans le petit village de Tam Coc, un peu plus au sud. Une semaine plus tard, nouveau retour à Hanoi, pour prendre le train pour Sapa, dans les montagnes au nord du pays.

Lors de notre quatrième passage à Hanoi, nous étions réconciliés avec la ville. Nous avons découvert des coins charmants, comme la promenade au bord du lac Hoan Kiem, décorée de lumières multicolores, où les résidents aiment flâner en fin de journée, ou le secteur de la cathédrale Saint-Joseph, au style européen. Nous nous sommes habitué au harcèlement et avons eu la chance de parler à des Vietnamiens très gentils. Il faut dire aussi que la circulation avait diminué après la fête du Têt, puisque plusieurs commerces et bureaux étaient fermés pour plusieurs jours. Beaucoup de Hanoïens étaient en congé et se baladaient tranquillement, avec leurs enfants endimanchés pour l'occasion. Comme c'était aussi congé scolaire, des manèges avaient été installés et étaient pris d'assaut par les petits; Émilie et Marianne ont évidemment eu droit à quelques rides. Les filles se sont fait prendre en photo plus que jamais, et ont même reçu des cadeaux de généreux donateurs – semble-t-il que ça porte chance de donner des cadeaux aux enfants à l'occasion du Têt.

Le lac Hoan Kiem décoré pour le Têt   Paris? Non, Hanoi.


De belles rencontres au bord du lac

Leurs plus beaux atours

Hourra, des manèges!



Les filles ont reçu des ballons de ces jeunes Vietnamiens


Chanteur itinérant, accompagné de son haut-parleur roulant

Mais même après la folie du Têt, marcher dans les rues étroites du vieux Hanoi avec nos deux filles n'était pas de tout repos. Je dis bel en bien dans les rues, puisque les trottoirs, lorsqu'il y en a, servent à stationner les motos (!) ou à recevoir les restos en plein air ou les vendeurs de cossins. Les piétons, c'est dans la rue avec les motos! Pour un parent, ça veut dire des yeux tout le tour de la tête pour voir d'où arrive le danger potentiel, et la petite main que l'on tient bien serrée. J'ai réalisé le stress occasionné par le voyage avec les enfants lorsque j'ai marché sans mes filles pour la première fois. Moi, lorsque je marche toute seule, je ne crains pas les motos, et j'ai enfin pu relever la tête pour admirer la magnifique architecture coloniale des édifices. Comme c'était reposant! Malgré les klaxons, c'était enfin plaisant d'admirer la ville.

J'en ai profité pour me pratiquer à traverser les rues à la vietnamienne. Ça ne sert à rien d'attendre une accalmie dans le trafic, il n'y en a jamais, même quand la lumière est rouge. Alors il faut simplement s'engager lentement sur la chaussée, et marcher d'un pas régulier. Surtout ne pas s'arrêter! Même si des motos semblent nous foncer droit dessus, il faut garder le même rythme, et les conducteurs passent autour de nous en nous frôlant, sans jamais nous toucher. Au début, ça demande du sang froid, mais on s'y fait.

Ce qui est dommage, c'est que, après avoir appris à mes filles l'art de traverser une rue même quand des véhicules arrivent, je vais devoir leur désapprendre tout ça une fois de retour à Montréal...


Émilie et Marianne posant fièrement avec leurs ao dai

Les comiques en français!

Pour aller de Rangoon, en Birmanie, à Hanoi, dans le nord du Vietnam, nous avons pris deux vols, les moins chers que j'ai trouvés sur Internet: Air Asia pour le trajet Rangoon-Bangkok, et pour la portion Bangkok-Hanoi... Air France! Les filles ont bien aimé se faire servir en français et, surtout, écouter Sam Sam dans leur langue!



mercredi 31 mars 2010

Le ragoût de chien

Parmi les choses qui nous choquent au Vietnam: la consommation de viande de chien, surtout dans le nord du pays. J'ai raconté sur www.protegez-vous.ca l'histoire de ma bouchée de chien... C'est d'ailleurs le dernier de la série de textes que nous avons écrits pour le site.
Si vous les avez manqués, ils sont ici.



Ce sont des queues de chien dans la main de la cuisinière, et les autres parties du corps sur la table.

mardi 30 mars 2010

Vietnam, je t'aime moi non plus


Bon, ça fait déjà sept semaines (!) que nous sommes au Vietnam, mais le blogue était toujours en Birmanie... C'est ça le voyage: il se passe tellement de choses que je n'arrive pas à être à jour!

Nous pensions rester au Vietnam environ cinq semaines. Mais nous y sommes toujours (pour au moins une semaine encore). Nous ne sommes pourtant pas tombés en amour avec l'endroit. Notre relation avec le pays d'Ho Chi Minh est plus complexe que ça: il nous fascine, nous choque, nous sort de notre zone de confort plus que tous les autres endroits que nous avons visités.

Les Vietnamiens nous laissent perplexes. Nous avons rencontré des gens très sympathiques, et qui font preuve d'une gentillesse extrême envers nos filles. Mais le manque de civisme est généralisé, les vendeurs dans les endroits touristiques sont des rapaces qui nous harcèlent, les chauffeurs de taxi nous escroquent une fois sur quatre, les employeurs traitent leurs employés comme de la m..., les plus beaux endroits sont défigurés par les ordures, prendre la route équivaut à jouer à la roulette russe, les klaxons nous défoncent les tympans et traverser la rue est un sport extrême. Nos conversations avec des Vietnamiens nous ont permis de comprendre que, pour eux, deux choses sont d'une extrême importance: la famille et la réputation. Les parents décident de la vie de leurs enfants, et les enfants n'ont d'autre choix que d'obéir, au nom du respect qu'ils leur doivent. Les gens font tout pour leur famille, ils déposent des offrandes sur les petits autels dédiés aux ancêtres dans leurs maisons, mais ne viendront pas en aide à un étranger dans le besoin.

Nous avons vécu des moments magiques ici, mais ils sont quelque peu altérés par les mauvaises expériences - à commencer par le vol du portefeuille de Marco à Hanoi par un pickpocket. À tous les jours, plusieurs fois par jour, nous nous retrouvons dans des situations où nous nous disons « ce pays n'a aucun sens ». Nous tentons de l'apprivoiser, de l'apprécier, mais le Vietnam se rebiffe devant nos efforts. Quand nous pensons nous y sentir « un peu » à l'aise, il nous balance une baffe en plein visage et nous déstabilise à nouveau.

Ce soir, à Saigon (Ho-Chi-Minh-Ville), nous avons soupé avec un ami québécois et sa fiancée vietnamienne, près du marché Ben Thanh. Puis, nous avons marché dans le parc du 23 septembre en direction de notre hôtel. Il était 20h. Les Saigonnais, qui fuient la chaleur le jour (40 degrés Celsius), envahissent les parcs au coucher du soleil pour faire de l'exercice, faire des rencontres, sortir les enfants. Ils étaient des centaines, sous les grands arbres magnifiques, à faire du work-out, de la marche rapide, à jouer au badminton ou au da cau (genre de badminton qui se joue avec un genre de volant frappé avec les pieds ), à courir après les enfants qui apprennent à faire du vélo. Nous avons été attirés vers un kiosque par la musique: une vingtaine de danseurs exécutaient une chorégraphie au son d'un vieux succès disco. Ensuite, ils sont passés au cha-cha puis à la salsa. Ils avaient l'air de s'amuser, n'importe qui pouvait se joindre à eux – ce qu'ont fait Marianne et Émilie. Des jeunes hommes au look branché maîtrisaient les pas à la perfection. Un peu plus loin, c'est au son de la valse que des couples tournoyaient. Nous sommes rentrés à l'hôtel beaucoup plus tard que prévu, retenus par l'énergie et la bonne humeur qui se dégageaient de ce parc, oasis au coeur d'une folle métropole de 7 millions d'habitants. Je crois que ce sont des moments comme ceux-là qui font que nous sommes toujours au Vietnam...