dimanche 7 février 2010

Mandalay (non) Express


Il faisait encore noir lorsque nous avons empilé nos bagages dans le taxi déglingué pour nous rendre à la gare de Rangoon. Les rues fourmillaient déjà de citadins se rendant au travail ou à la pagode pour prier, à pied, en vélo, en moto (à quatre!), en bus, en trishaw – un vélo avec un genre de sidecar pouvant recevoir deux personnes. Des porteurs attendaient au coin du stationnement de la gare. Lorsqu'ils ont vu nos visages pâles d'étrangers, ils se sont rués en direction de notre taxi. Ils ont été déçus: nous portons nous-mêmes nos sacs à dos, même les filles. Nous avons attendu dans la cohue que les grilles s'ouvrent pour nous donner accès à notre train. Sur le quai en face, des gens dormaient sur des nattes de bambou, posées à même le sol en attendant leur correspondance. Une loueuse de nattes attendait les clients devant sa pile.

Lorsque le cliquetis des clés s'est fait entendre dans la serrure de la grille, une marée humaine s'est précipitée dans la petite ouverture. Nous nous sommes frayés un chemin tant bien que mal jusqu'à notre wagon, en tenant bien fort la main des filles.

Ce train doit sûrement dater des années 50, et peut-être même du déluge. « Pourquoi ils ne font pas le ménage ? », a demandé Émilie en s'installant. Bonne question. Encore une chance que nous étions en classe « supérieure »: les sièges de la classe ordinaire sont en bois. Les nôtres étaient un petit peu rembourrés, mais ils restaient constamment inclinés, le mécanisme permettant de les remonter étant défectueux. Après 17 heures sur ces sièges de l'après-guerre, nos postérieurs seront en compote...

Nos voisines d'en face, des Birmanes dans la cinquantaine, tentent de trouver de la place pour les nombreux gros sacs de plastique qui leurs tiennent lieu de bagages. Je vois dépasser, pêle-mêle, une queue de poisson séché, des bouteilles d'eau vides, des bidons de plastique, une guirlande de Noël, des vêtements et chaussures, etc. Elles tiennent absolument à garder leur poisson à leurs pieds – donc aux nôtres aussi, à Marianne et moi. L'odeur commencera à nous monter au nez dès la quatrième heure, environ. Les Birmanes sortent leur chapelet et commencent à prier.

Bientôt, le convoi se met en branle, ballottant et poussif, sous un ciel qui vire au bleu pâle, toutes fenêtres ouvertes – elles le resteront pendant toute la durée du voyage. Il fait froid. Dans le petit matin brumeux, nous voyons des gens bien emmitouflés longer le chemin de fer avec leur boîte à lunch, un contenant rond à trois étages en acier inoxydable. Quand le soleil se lève, nous avons atteint la campagne. Hélas, la première chose que le jour révèle, ce sont les amoncellements de déchets tout le long de la voie ferrée et près des cours d'eau et des étangs. Nous semblons être les seuls à nous en formaliser, les autres passagers continuent de jeter leurs déchets par la fenêtre. Dans ces immondices, derrière leurs petites maisons aux murs de bambou tressé, des enfants sont accroupis les fesses à l'air, tout à leur première besogne de la journée. Quand on n'a même pas les moyens de se payer des latrines, à quoi la vie peut-elle ressembler?

Il faut réussir à regarder au-delà des ordures pour apprécier les tableaux qui se présentent ensuite: enfants se rendant à l'école, à trois sur un vélo trop grand, dans leurs uniformes verts et blancs, le visage barbouillé de thanaka (une pâte blanchâtre venant de l'écorce d'un arbre, censée les protéger du soleil); paysannes portant chapeau de paille conique et longyi (sarong) coloré, occupées à la récolte dans les rizières vert tendre; pagodes et temples scintillant de toutes leurs dorures; moines vêtus de leur robe pourpre, revenant en file indienne de demander l'aumône au village; femmes faisant leur toilette près du puits communal, vêtues de leur « longyi de douche »; charrettes tirées par des boeufs transportant un chargement de bois ou de foin; minibus bondés, pris d'assaut jusque sur le toit, avec des membres qui dépassent des fenêtres et des portes... Notre train avance à la vitesse de la tortue, ce qui nous donne le temps d'apprécier tout ça.

Pendant ce temps, à l'intérieur, les passagers prennent leurs aises. On s'étend partout où c'est possible. On sort des collations. Nos voisines d'en face offrent à Marianne des biscuits, du tamarin (un petit fruit local), un maïs vendu par une vendeuse ambulante. Émilie, assise derrière nous avec Marco, est en train de conquérir nos voisins de derrière en leur faisant des blagues. Tous les passagers suivent ses pitreries. Ça lui vaut de recevoir une sucette. Les filles passent le temps en dessinant et font quelques siestes. Marco et moi devenons de plus en plus ankylosés à mesure que les kilomètres défilent.

À chaque arrêt, le train est pris d'assaut par des vendeurs ambulants portant leur marchandise sur leur tête. On nous offre du melon d'eau, de l'ananas, du maïs, du riz au poulet, du poisson séché, de l'eau, du thé, des cigares, des noix de béthel, etc. Les vendeurs font toujours un arrêt prolongé devant nos sièges pour dévisager les filles, leur toucher les cheveux et leur pincer les joues. Des enfants montent aussi à bord pour mendier ou récupérer les bouteilles vides, qui sont réutilisées pour une foule d'usage (eau, huile à cuisson, essence, etc.). Quand le train se remet en branle, tout ce monde se précipite vers la porte et saute sur le quai pendant qu'on roule. Le seul endroit où il n'y a pas de vendeurs itinérants, c'est la gare propre et moderne de Nay Pyi Taw, la nouvelle capitale de la Birmanie. En 2005, la junte militaire a soudainement déplacé la capitale de Rangoon à ce trou perdu, au milieu du pays. Les opposants soutiennent que les militaires ont voulu éloigner le pouvoir du peuple. En tout cas, cette décision de bâtir une ville de toutes pièces a coûté des millions de dollars. Nous ne descendons pas, mais on décrit la capitale comme une ville quadrillée d'artères à six voies, où la moitié des édifices sont inoccupés. Dans la banlieue, nous pourrons voir des quartiers en construction pour loger les fonctionnaires, dans des maisons toutes pareilles, avec toilettes dans la cour.

Après 12 heures de train birman, on commence sérieusement à rêver de Via Rail. Le soir tombe, il commence à faire froid, les fenêtres restent ouvertes. Tant mieux! J'ose à peine imaginer l'odeur si elles étaient restées fermées tout le voyage. Le coucher de soleil sur la campagne est magnifique, mais on ne l'apprécie par vraiment. On veut juste arriver! J'ai mal au dos. Le bruit que font les joints dans les rails (Tu-tuk, tu-tuk, tu-tuk, pendant 17 heures!) nous fait l'effet du supplice de la goutte d'eau sur le crâne. J'ai envie de balancer le poisson séché par la fenêtre pour pouvoir m'étirer les jambes. Les filles dorment, bienheureuses. Nous passons quelques temples décorés de lumières multicolores, avant

d'arriver à Mandalay. Soulagement! En 17 heures, nous avons parcouru 700 kilomètres seulement. L'enfer. Nous nous promettons de prendre l'avion pour rentrer à Rangoon, dans trois semaines.



On aurait dû se douter dès le début de la galère dans laquelle nous embarquions...





Lever de soleil sur la campagne birmane


Sur le quai d'une gare de province







Des nouvelles de Birmanie


Le pont de U Bein, à Amarapura en Birmanie

Nous venons de quitter la Birmanie, après quatre semaines. Même si nous avons trouvé le pays magnifique, je n'ai pas blogué pendant que nous y étions parce que je voulais éviter à tout prix que ça se sache que des journalistes étrangers s'y trouvaient. Je ne me prends pas pour une star de l'information, et je suis certaine que les généraux qui dirigent la Birmanie ont d'autres chats à fouetter que de s'intéresser à nous. Mais les journalistes sont persona non grata dans le pays. Lorsque le cyclone Nargis a dévasté les régions côtières de la Birmanie, en 2008, les médias n'ont pu rendre compte des dommages; le pays a même fermé ses frontières à l'aide humanitaire! La junte militaire ne veut pas de témoins qui pourraient rapporter ses incompétences ou la façon dont elle bafoue les droits de sa population. Il est bien documenté que le régime force ses citoyens à travailler, sans rémunération, pour réaliser certains travaux publics. L'armée se finance par l'extorsion; elle inciterait même des paysans à cultiver le pavot (la substance de base de l'héroïne), qui rapporte plus que la culture du thé, pour pouvoir leur extorquer de plus grosses sommes - voir le Courrier international du 4 février. En 2007, lors de manifestations contre la hausse du prix de l'essence menées par des moines bouddhistes, l'armée a tiré dans la foule. Résultat: au moins 31 morts et des images très disgracieuses de soldats battant à mort des moines pacifiques. Depuis des années, l'armée se bat contre des milices ethniques dans plusieurs régions du pays. La Birmanie regorge de pierres précieuses, de pétrole, de gaz naturel et de bois de teck, mais sa population compte parmi les plus pauvres d'Asie. La nouvelle capitale, construite au milieu de nulle part à coups de millions$, est une ville fantôme et un gouffre financier. Bref, il se passe des choses pas trop « bouddhiques » dans ce pays, et le gouvernement ne tient pas à ce que ça fasse jaser.

Certaines personnes à qui nous avions parlé nous avaient rendus un peu paranoïaques. Nous n'avions pas mentionné sur nos blogues notre intention de visiter le pays. Nous avons fait nos demandes de visas en cachant notre profession, mais nous craignions que les fonctionnaires fassent une recherche avec nos noms dans Internet. On entendait dire que nous serions suivis, que nos bagages seraient fouillés. On s'attendait à ce qu'il y ait des policiers partout, et qu'ils nous passent les menottes si nous sortions un carnet de notes pour faire une entrevue... On ne voulait pas se retrouver en prison avec nos fillettes!

Finalement, notre séjour a été des plus paisibles. Il y a bien eu quelques questions au moment de la demande de visa sur le «travail» inventé pour Marco (« Depuis quand enseigne-t-il à cette école? À quel niveau? Où est-elle située? »). Mais rien à notre arrivée à l'aéroport. Il faut dire que les employées de l'immigration étaient subjuguées par les filles... Voyager avec des enfants, c'est un bon truc pour écarter tout soupçon!

Si nous avons été suivis ou surveillés pendant notre séjour, nous n'y avons vu que du feu. Un restaurateur de Nyangshwe, au centre du pays, nous a raconté que, jusqu'à tout récemment, des partisans du régime enregistraient les conversations qu'il tenait avec les touristes dans son établissement. Ils faisaient ensuite traduire le tout pour vérifier s'il médisait du gouvernement. Mais cette pratique semble avoir cessé. Le régime du généralissime Than Shwe, qui règne en despote sur le pays, semble s'assouplir un peu. Il cherche l'approbation de la communauté internationale pour que la nation cesse de faire partie des parias. Un émissaire américain a été reçu en décembre dernier, une première en 14 ans! Des élections seront tenues cette année (les premières depuis 1990), et les généraux affirment qu'ils laisseront les gens voter librement. Nous avons lu un éditorial dans le journal Myanmar Times, contrôlé par l'état, où l'on appelait à des élections libres, à la liberté d'expression et la liberté de presse.

Mais dans les faits, ça ne bouge pas fort. Aung San Suu Kyi, la chef de la Ligue pour la démocratie, est toujours confinée chez elle, en résidence surveillée. Le parti n'a pas le droit de tenir des rassemblements. Les généraux ont annoncé qu'ils se réserveront 25% des sièges, peu importe le résultat du scrutin. La date des élections n'est toujours pas déterminée, ce qui n'aide par les partis à se préparer – on parle d'octobre prochain, mais il semble que c'est l'astrologue du général Than Shwe, très superstitieux, qui aura le dernier mot.

Beaucoup de Birmans à qui nous avons parlé sont sceptiques devant la volonté du régime de tenir des élections réellement libres. Ils voudraient y croire, mais sont méfiants. Certains souhaitent que l'excès de confiance des militaires se retourne contre eux. « Les généraux sont tellement déconnectés de la population qu'ils sont certains de gagner les élections, même sans trucage », nous a dit une guide rencontrée à Mandalay, la deuxième plus grosse ville du pays. Ça lui fait espérer que le scrutin sera vraiment libre. Lors des dernières élections, en 1990, le régime militaire était aussi certain de l'emporter. Finalement, c'est la Ligue pour la démocratie qui a gagné, avec 82% des voix. Les militaires ont refusé de lui céder le pouvoir et la leader, Aung San Suu Kyi, est détenue de façon plus ou moins continue depuis. L'histoire se répètera-t-elle? On attend avec impatience de le savoir.

***

Donc, nous avons quitté la Birmanie. Nous sommes maintenant à Hanoi, au Vietnam. Mais j'ai encore d'autres histoires au sujet de la Birmanie avant de vous parler du Vietnam, où l'on devrait passer plus d'un mois.

Quelques uns des 4000 temples de Bagan, l'un des sites les plus particuliers que j'aie vus


Beaucoup d'or dans les temples, peu de cahiers dans les écoles... Ça m'horripile terriblement!


Femme magnifique de l'ethnie pa-o, au marché de Nyangshwe


Gamins à Amarapura. La population birmane vit dans une grande pauvreté. Pendant ce temps, la junte militaire déplace la capitale à grands coups de millions $.



Femmes pa-o retournant dans leur village, très chargées, après le marché hebdomadaire à Nyangshwe

lundi 25 janvier 2010

Nomades en puissance

Ça fait plus de trois mois que nous vivons sur la route. Que nous portons notre maison sur notre dos, que nous nous faisons un petit nid temporaire à chaque endroit où nous posons nos sacs pour quelques jours, que nous voyons du pays en avion, en autobus, en train, en rickshaw, en tuk-tuk, en camionnette, en vélo, en bateau.
Nous ne sommes définitivement plus des «touristes». Cela dit sans connotation péjorative à l'endroit des touristes en vacances en Asie pour quelques semaines. Mais nous ne sommes vraiment pas dans le même état d'esprit. Quand nous sommes débarqués à Bangkok pour la quatrième fois, en décembre, nous avions nos petites habitudes dans le quartier que nous connaissons bien. Nous y avons même des amis. Nous connaissons les meilleurs endroits où manger, nous savons comment nous déplacer dans la ville, nous connaissons les prix. Quand nous voyons un chauffeur de tuk-tuk offrir un tour de ville pour 10 bhats (30 cents) à un touriste fraîchement débarqué, nous avons le goût de lui crier: « N'y va pas! C'est une arnaque! Il te fera faire le tour des magasins de souvenirs et des tailleurs pour obtenir une commission sur tes achats. » Même les filles savent quoi répondre aux vendeurs de tout acabit qui nous offrent leur camelote dans la rue: « No thank you very much! ». En entendant le coassement des petites grenouilles de bois, vendues par des femmes en habit traditionnel dans les restos, elles ne se retournent même plus, alors qu'elles nous suppliaient de leur en acheter au début du voyage.
Ma belle-soeur Chantal, mon beau-frère Éric et leur fille Éloïse sont venus passer quatre semaines avec nous, pour Noël. Nous avons adoré passer du temps avec eux. Les filles étaient super contentes de s'amuser avec leur cousine. Mais j'ai senti qu'ils nous trouvaient un peu étranges. On négocie souvent pendant de longues minutes pour économiser 1 ou 2$, puisque nos ressources financières doivent durer encore cinq mois. On est toujours habillés de la même façon, puisque les bagages sont réduits au minimum. On passe des jours à ne rien visiter, parce qu'on est occupés à travailler, à organiser la suite du voyage ( achats de billets d'avion, réservations d'hôtel, demande de visas à l'ambassade, recherche d'infos ) et à régler plein d'autres détails ( visite à la pharmacie, au coiffeur, ménage des bagages, envoi de nouvelles à nos familles et amis, classement des photos dans l'ordi, etc. ). D'ailleurs, ils nous ont beaucoup aidé en s'occupant des filles pendant que l'on réglait plein de questions d'intendane.
C'est là qu'on se rend compte que, lorsqu'on fait un long voyage, on n'est pas toujours en «vacances». Ça demande du travail. En plus, avec Marianne qui a des travaux scolaires à faire, ça ajoute une contrainte supplémentaire à l'horaire. On se rend compte aussi que les filles ont souvent besoin de passer des journées à ne rien faire: regarder les bonhommes à la télé le matin, aller à la piscine, dessiner ou jouer dans la chambre, écouter un film sur l'ordinateur, etc... Dès qu'on sort à l'extérieur, tous nos sens sont sollicités: on sent de nouvelles odeurs – parfois agréables, parfois moins...-, la nourriture est différente, les gens parlent une langue qu'on ne comprend pas, les panneaux indicateurs sont incompréhensibles, la circulation est souvent très dense, il y a du bruit, de la pollution... C'est très fatiguant. Et pour les filles, encore plus: les gens veulent les toucher, leur parler, les prendre en photo. Tout les regards sont fixés sur elles. Parfois, elles ont seulement envie que l'on reste entre nous sans rien découvrir de nouveau. Et ça fait du bien à tout le monde.
Mais somme toute, le voyage se déroule admirablement bien. Personne n'a été sérieusement malade, notre budget est respecté, les filles s'amusent bien et apprécient les visites. Elles ont une résistance étonnante lors des longs trajets – on leur a imposé 17 heures de train et, à destination, elles étaient en meilleur état que nous... Vraiment, elles nous épatent.
Je dirais que le plus difficile, c'est d'être toujours ensemble, tous les quatre, 24 heures par jour, sept jours par semaine, dans des chambres exigües, sans beaucoup d'intimité. On s'efforce de temps en temps de s'accorder des moments de solitude, Marco et moi. Parfois, on sépare les filles; elles sont les meilleures amies du monde, mais ça leur fait du bien de ne pas se voir pour quelques heures. Pour des sorties en couple, toutefois, ce n'est pas évident de trouver une babysitter qui parle français. Lors de la visite de ma belle-soeur, on a heureusement eu droit à quelques moments sans les enfants. Et demain, les filles se font garder par une jeune avocate montréalaise, rencontrée dans un autobus, qui a généreusement offert de son temps pour nous donner un peu de liberté. Nous avons accepté avec joie!

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Désolée pour le silence des dernières semaines. Certains s'inquiétaient pour nous. Ne vous en faites pas, tout va pour le mieux. Simplement, comme nous avons passé le temps des Fêtes avec la famille de ma belle-soeur dans les îles du sud de la Thaïlande, nous avons délaissé un peu nos blogues pour nous mettre en mode « vacances » et profiter de la mer. Puis, nous avions des reportages à terminer, histoire de faire entrer un peu d'argent dans notre compte en banque de plus en plus dégarni... D'ailleurs, vous pouvez lire d'autres textes sur notre voyage depuis le 14 janvier sur le site du magazine Protégez-vous (www.protegez-vous.ca). Nous y traitons de sujets de consommation.
Nous sommes actuellement dans un pays voisin de la Thaïlande, où les journalistes ne sont pas les bienvenus. C'est pourquoi nous nous tenons tranquilles ces temps-ci. Les textes de ces prochaines semaines ne signaleront pas notre position. Mais dès que nous serons sortis d'ici, nous vous relaterons notre expérience dans ce pays étonnant, où les gens sont d'une extrême gentillesse malgré des conditions de vie difficiles.

mercredi 30 décembre 2009

Moto thaie


Moto à trois sur une île de Thailande

On a fini par succomber à l'attrait des balades en moto sur les petites routes qui serpentent le long de la mer turquoise, sur l'île de Ko Phan-gan, dans le sud de la Thaïlande. Lors de notre première escale à la mer, en octobre, à Ko Chang, à l'est du pays, on avait songé à se louer de petites motos pour se promener avec les filles. Mais ma rencontre avec un couple d'Américains à l'hôpital m'a donné la frousse: ils étaient là pour se faire recoudre en différents endroits après que leur moto eut manqué de freins dans une côte. Des amis québécois m'ont aussi raconté que les freins n'étaient pas très forts sur la bécane qu'ils avaient louée. Connaissant les routes sinueuses et les pentes abruptes de l'île, on a préféré laisser faire.
Mais de retour à la plage, avec la famille de ma belle-soeur, venue nous visiter pour Noël, on s'est laissés convaincre par mon beau-frère de partir en expédition. Chacun sur notre scooter, avec une fille devant, on s'est lancé bravement, malgré les courbes, les pentes et la conduite à gauche (suffit d'y penser à chaque intersection). On a eu un plaisir fou à visiter d'autres plages, des temples et les petits hameaux de l'île. Il fallait avoir les nerfs bien accrochés pour négocier des courbes serrées dans des pentes abruptes, au bord des falaises plongeant vers l'océan. Surtout qu'on n'avait pas de casque...
En fait, un casque venait avec la moto, mais il n'y en avait pas pour les enfants. Alors on s'est dit, bêtement, si les enfants n'en portent pas, pourquoi on en porterait, nous? On se demandait d'ailleurs, en voyant des familles entières circuler sur des mobylettes, pourquoi le conducteur (le père) portait un casque et pas la mère ni les enfants. Nous avons eu notre réponse le lendemain: partie faire des courses en ville pour Noël, avec ma belle-soeur derrière, j'ai été arrêtée par la police et j'ai écopé d'une amende de 200 bahts (7$) pour avoir conduit sans casque. Ma passagère n'a rien eu à payer, elle. Le casque est obligatoire pour les conducteurs seulement! Pouvez-vous me dire où est la logique là-dedans? Que les passagers se fracturent le crâne en cas d'accident, on s'en fou, pourvu que le conducteur s'en sorte... Lors de nos balades suivantes, le conducteur mettait son casque, mais on n'en avait toujours pas pour les enfants, parents indignes que nous sommes... C'est fou comme nous changeons quand nous sommes à l'étranger. A la maison, je ne les laisse même pas partir à vélo sans casque... Et je ne les laisserais pas non plus se promener dans une boîte de pick-up, comme on le fait tout le temps ici.



***
Vous avez peut-être entendu des jeunes, de retour de Thaïlande, raconter qu'ils sont allés faire la fête au Full Moon Party. Sur une plage bordée de bars, ça boit, ça danse, ça jongle, ça fume du pot jusqu'au lendemain matin. Nous étions sur cette île, mais comme nous avons passé l'âge de telles folies, nous étions sur la plage la plus calme du coin. Petite cabane de bois en face de la plage, pas d'eau chaude dans la douche, l'électricité le soir seulement, pas d'air climatisé, une jungle épaisse en arrière, une ambiance relaxe, une jolie plage peu fréquentée... On a fêté Noël par un festin de poisson sur la plage en buvant des rhum'n Coke avec les autres locataires de l'endroit, plusieurs Français et quelques Allemands. Le Père Noël était passé un peu plus tôt dans la journée pour laisser quelques babioles pour les enfants sous le palmier décoré de guirlandes de coquillages.


Le Père Noël est passé

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Dans le bateau, pour changer d'île

Nous avons maintenant changé d'île: nous allons fêter le Jour de l'an sur Ko Lanta, dans la mer d'Andaman. Un peu plus chic: on loge dans l'un des bungalows de béton qui entourent une jolie piscine, à deux pas de la mer. C'est ici que le tsunami a frappé il y a cinq ans. Hier soir, anniversaire de ce triste événement, plusieurs personnes se sont réunies sur la plage pour se recueillir et envoyer dans le ciel des lanternes gonflées d'air chaud. C'était magnifique et émouvant.
Hier, nous nous sommes payé une balade en mer. Au menu: snorkelling avec les poissons, débarquement sur une plage paradisiaque de sable blanc et traversée à la nage d'un tunnel obscur qui nous a mené vers une plage cachée (avez-vous vu le film The Beach? c'était pareil). Nous sommes en vacances pour vrai là, en vacances de notre voyage...


Marco et les poissons


Au sortir du tunnel qui nous a permis de découvrir la plage cachée


Le tsunami a laissé des traces...


Aux lecteurs de ce blogue! Merci pour vos commentaires!


vendredi 11 décembre 2009

Apprenties nomades


Nous avons eu notre première crise de « Je veux retourner à Montréal! » cette semaine. La cause: Marianne la coquette est tannée de toujours mettre les mêmes vêtements. Nous passerons la majeure partie de notre voyage dans des pays où il fait chaud; nous avons donc apporté surtout des vêtements d'été. Mais ici, au Népal, y fa frette. Nous sommes toujours en polars et pantalons avec des bas dans les pieds. Mais les filles aiment les robes... Je leur ai fait faire, comme compromis, un ensemble comme en portent les Népalaise: une courta-sural, une tunique avec un pantalon ample ( et je m'en suis fait faire un par la même occasion, c'est très confortable, et moi aussi j'était lasse de porter toujours la même chose ). Émilie, surtout, adore s'habiller à la népalaise. Elles peuvent porter leurs sous-vêtements longs en-dessous. Parce que certains soirs, on gèle!

La crise a été de courte durée; on a rappelé aux filles que dans quelques jours, on retourne dans la chaleur de la Thaïlande. Yé!


C'est bien beau de s'habiller à la népalaise, mais ça prend aussi les bracelets! Un cadeau de Tulsa.

Autrement, les filles s'adaptent admirablement bien à la vie de nomade. Elles ont parfois des problèmes avec la nourriture, surtout les mets épicés, mais elles essaient tout de même de nouvelles saveurs. Elles ont même commencé à boire du chaï, ce thé au lait épicé que nous offrent les Népalais à la moindre occasion. Au début, elles étaient un peu dégoûtées par les toilettes turques, à cause de l'odeur qui s'en dégage. Mais elles ont pris l'habitude. Maintenant, elles s'étonnent d'autre chose: « Eille, ça sent bon dans cette toilette! Et c'est propre! », s'est exclamé Émilie dans un resto bien tenu.

Le jeu du lancer de la fleur, dans la montagne, avec de petites amies.

Il suffit de peu de choses pour les amuser. Hier, elles se sont fait un «cerf-volant» en attachant un bout de laine à une étiquette de bouteille d'eau. Elles jouent aussi avec des fleurs, des feuilles, des cailloux. Les temples sont comme des terrains de jeu pour elles: elles grimpent sur les statues, sonnent les cloches, tournent les roues de prières. Elles adorent lorsque, en pleine ville, on croise des vaches, des chèvres, des chiens errants, des poules. Elles s'inventent des histoires où elles deviennent de petites chèvres qui cherchent leur maman. Lors de notre randonnée dans la montagne, où il y avait des caravanes d'ânes transportant des marchandises, elles ont joué pendant plusieurs jours à être des ânes (prénommés Frou-Frou et Noura). Elles ont aussi adopté des branches comme bâtons de marche, magiques évidemment. Elles s'inventent des flûtes avec des pailles, des saris avec des foulards, des menus de restaurant avec des dépliants touristiques, font des salades avec des pétales de fleurs. On a la chance d'avoir deux filles qui ont peu de différence d'âge et qui sont les meilleures amies du monde; elles ne s'ennuient jamais ensemble.


Je suis certaine que Bouddha ne se formalise pas de cette familiarité...




Les temples hindous... Mieux que des terrains de jeu!


Un monastère? Quel bel endroit pour un spectacle de danse!


Spin the prayer wheel!


And again!


And the giant prayer wheel!



Au temple hindou, ce sont des cloches qu'on peut sonner

Depuis qu'elles ont écouté à la télé un dessin animé mettant en vedette le dieu hindou Krishna, Marianne s'est prise d'affection pour les dieux et déesses locaux. Elle impressionne les Népalais en reconnaissant leur effigie lorsqu'on visite les temples: Ganesh, Lakshmi, Saraswati, Vishnou, et sa préférée, Durga. On lui a acheté des cartes postales de tous ces personnages, et elle reste de longues minutes à étudier tous leurs détails.

Elles apprennent quelques mots en langue népalaise. Mais surtout, font des progrès incroyables en anglais. Surtout Marianne, qui avait déjà commencé ses cours d'anglais à la maternelle. Les Népalais parlent presque tous anglais, surtout dans les endroits touristiques. Marianne peut répondre à des questions simples que lui posent les gens, est capable de commander au restaurant et nous demande très souvent la traduction de certains mots pour pouvoir s'exprimer. Elle se rend compte de l'utilité de cette langue. Hier, nous avons parlé avec elle pendant une dizaine de minutes en anglais. Je crois qu'elle fera des pas de géant d'ici la fin du voyage.

Elles deviennent aussi moins peureuses et moins gênées. Comme tout le monde leur parle, elles ont l'habitude de répondre – mais on leur a évidemment fait toutes les mises en garde de rigueur contre les inconnus qui veulent leur donner des bonbons ou leur montrer un petit chien. Elles ont d'ailleurs constaté que les inconnus sont parfois gentils: de retour d'une visite à une amie en banlieue de Katmandou, j'ai dû prendre, seule avec les deux filles, le bus local, paqueté à l'heure de pointe. Marianne s'est assise sur les genoux d'un gentil étudiant et s'est endormie paisiblement, la tête sur son épaule... Lorsqu'on juge que c'est assez sécuritaire, on les laisse se promener seules dans l'hôtel. Elles ne sursautent plus lorsqu'une moto klaxonne à côté d'elles et n'ont pas peur lorsqu'on traverse une rue en plein trafic, mais elles savent qu'il faut surveiller d'où viennent les véhicules. Et lorsqu'on voit un rat mort par terre, elles passent maintenant par-dessus en faisant à peine un petit commentaire: « Tient, un rat mort...».

Elles sont en train de devenir de véritables bourlingueuses, à l'aise partout où elles vont, enthousiastes et curieuses.  



Au resto, ne pas oublier les crayons à colorier


Mais on peut aussi improviser un petite danse sur la musique indienne


Facile de se faire des amies



... surtout quand on a le jeu de Uno! (Maintenant, on ne l'a plus. Resté chez Ritika et Rechika...)


« On joue que je suis la petite chèvre qui cherche sa maman, d'accord? »

jeudi 10 décembre 2009

Le bonheur est sur le toit

Marianne aide Songita et sa belle-mère à enrouler les balles de laine, sur un toit à Bhaktapur.


J'adore les toits népalais. C'est là que la vie sociale se déroule, au soleil, dans les hauteurs.

Au Népal, les cours et jardins sont très rares. En ville, la population est tellement dense que chaque parcelle est occupée. Et en campagne, tous les terrains plats – très recherchés dans cette contrée montagneuse – sont cultivés. Les Népalais mettent donc à profit les toits pour gagner de l'espace. C'est surtout le domaine des femmes: elles y font la vaisselle, le lavage, mettent le linge à sécher, coupent les légumes, font sécher le riz, filent la laine, tissent, tricotent, tout en devisant avec leurs voisines. Les gens font aussi leur toilette en plein air, au vu et au su de tous.

Les toits sont décorés de fleurs et de plantes en pots. On y cultive des herbes. Les bouddhistes y installent leurs drapeaux de prières.

De gros réservoirs de plastique noir sont installés pour recevoir l'eau de pluie et la chauffer au soleil. Les plus riches ont des panneaux solaires pour produire de l'électricité, puisque le réseau public est en panne plusieurs heures par jour ( le gouvernement appelle ça du «délestage»). Bref, le toit est le centre social et technique de chaque maison. En plus, on y est à l'abri du bruit et de la poussière de la rue. Et la vue est magnifique. Par temps clair, depuis les toits de Katmandou, on peut voir les sommets enneigés au loin, tout en se réchauffant au soleil.   

Conversation entre voisines sur un toit de Katmandou

La récré sur le toit de l'école. Marianne montre ses prouesses à la corde à sauter


Salon de coiffure improvisé sur un toit à Ponyatar

J'y passe aussi. Le résultat n'est pas terrible, mais nous avons passé un bon moment!


Sur le toit de la maison des Bhudatoki, Sanjhana met des herbes à sécher; en arrière plan c'est le riz.

jeudi 3 décembre 2009

Journée népalaise non-extraordinaire...


Lampions près du temple de Bouddhanath


Une journée népalaise comme je les aime, aujourd'hui. Une journée ordinaire, mais en même temps tellement peu banale...

Je suis seule avec mes deux filles pour deux jours. Marco est parti faire des visites pour un reportage. Ce matin: levées tard, crêpes pour déjeuner à l'hôtel. Les filles sont ensuite invitées à la maison de la propriétaire, une Hollandaise mariée à un Népalais; ils ont une petite fille de dix mois, Pema. Quand la petite va faire sa sieste, elles n'ont pas envie de rentrer à notre chambre, surtout que Marianne doit faire des devoirs...

Dîner au resto sympa juste à côté. Les filles ont trouvé une petite cour derrière la terrasse du resto pour jouer pendant qu'on attend notre repas. Mais Émilie revient en pleurant, le pantalon déchiré au genou. Ça prendra encore une patch...

On se met en route pour visiter les enfants de l'orphelinat de Child Haven. En chemin, on rencontre beaucoup d'enfants, parce que c'est jour férié. Mais voulez-vous bien me dire pourquoi mes filles sont plus intéressées par les chèvres que par les gens? À chaque petite bête qu'on croise, elles s'extasient et lui donnent un nom. Ça doit être parce que les chèvres ne viennent pas leur pincer les joues en leur demandant «What is your name?»... On croise aussi une vieille Tibétaine que j'ai pris en photo hier au temple de Bouddhanath et qui nous reconnaît, en nous gratifiant d'un sourire édenté. Dans la rue, des boucheries (morceaux de viande attendant les clients à même le comptoir), des magasins d'objets religieux (drapeaux de prières et bouddhas dorés), des orfèvres, des mendiants avec un membre en moins, des vendeurs de tissus chatoyants, des petits boui-bouis qui servent des momos (raviolis tibétains)... Nous arrivons au stand de taxi. Je sais que notre trajet ne coûte pas plus de 100 roupies (1,50$), mais les chauffeurs veulent me charger 200, à cause de la rareté du pétrole provoquée par la grève des pompistes de Katmandou (qui s'ajoute à la longue liste des grèves et autres manifestations). Je trouve finalement mon prix. On y est en cinq minutes.

En ouvrant la barrière, Karpana, huit ans, se jette dans les bras de Marianne et ne la lâche plus. Elles partent jouer et je ne les revoie pas. Émilie est gênée et s'accroche à moi. Nous jouons et jasons avec les enfants, puis prenons le dîner avec eux, assis sur des nattes dans la salle à manger.

Pendant que Marianne reste avec sa nouvelle amie, je pars avec Émilie, Anju, une ado de 15 ans, et Mahesh, le professeur de taekwondoe pour visiter une famille, non loin, qui a accepté de nous héberger pour quelques jours. La ville fait vite place à la campagne. Petite maisons basses et bien tenues, entourées de fleurs, le long de la route, puis nous marchons à travers champ. Tout le monde nous salue. Nos hôtes habitent une grande maison de briques roses. Y vivent: les grands-parents, leur fille et leurs deux fils, dont l'un est marié et a deux petites filles de 6 et 8 ans, super mignonnes, qui offrent des fruits à Émilie. Moi, on m'offre du chaï (thé au lait) et nous discutons de notre séjour chez eux. Le grand-père est très religieux, adepte de Vishnu, l'un des dieux hindous, et a le front barré de deux traits blancs (je lui poserai des questions là-dessus plus tard). Le fils aîné Rajaram est le président du comité de développement de son village.

Le professeur de taekwondo insiste ensuite pour que l'on passe chez lui voir les coupures de journaux relatant ses succès et ceux de ses élèves à des compétitions nationales. Mais en chemin, nous sommes apostrophés par une petite dame en sari rouge. Il y a un mariage dans le voisinage, je dois y aller absolument!, me dit-elle. Elle me prend par le bras et m'entraîne. Sûr que j'adore les mariages, mais il commence à être tard, et je suis en jeans... Pas grave, elle nous guide vers la maison où résonnent de la musique et des chants. C'est dans la cour que ça chante. Personne ne danse, sauf ma petite dame, qui m'entraîne avec elle. Pas le choix, je dois m'exécuter devant l'assemblée qui tape des mains. Même Émilie reste plantée à me regarder plutôt que de danser avec nous. Au bout de cinq minutes, je m'éclipse, alors que les futurs mariés arrivent. Une heure dans ce village et je suis déjà invitée à un mariage, qu'est-ce que ça sera après trois jours?

Mahesh tient toujours à ce que l'on passe chez lui. Il est très fier de ses succès, alors je feuillette ses albums photo pour lui faire plaisir.

Pour rentrer, on prend un raccourci à travers champs. Randonnée de cross-country: boue, montées à pic, herbe brûlée, éboulements de roches, bambous coupés... Les Népalais ont l'habitude de marcher n'importe où, mais pas nous! Émilie finit sur les épaules de Mahesh. C'est la fin de l'après-midi, les gens rentrent chez eux sous le ciel aux lueurs rosées, des enfants remplissent de gros bidons à la source, des vaches paissent tranquillement.

Marianne est contente de nous revoir, tout de même. Il commence à faire noir. On tente d'appeler un taxi, mais la course est maintenant rendue à 300 roupies! On décide d'aller prendre un Tempo (minibus), guidées par deux ados. Autre raccourci, cette fois-ci dans le noir. On glisse, on met les pieds dans la boue, on trébuche... Euh, ne devait-il pas y avoir un sentier ici? Malgré les difficultés, on rigole et Émilie ne lâche pas le bouquet de fleurs offert par Mahesh. On arrive finalement. « C'est tout un raccourci, commente Marianne. Une chance qu'on s'est pratiquées à marcher dans la montagne!»

Sur la rue, on attend le bus quelques minutes. Tarif pour notre trajet: 25 roupies. Je me fais encore demander par une gentille grand-mère dans l'autobus si les filles sont jumelles - même réponse 10 fois par jour: Marianne didi (grande soeur), Émilie baini (petite soeur).

Nous arrivons au temple de Bouddhanath, qui est illuminé de mille feux ce soir, en raison de la pleine lune. Des milliers de lumières de couleur l'entourent, on se croirait à Noël! On allume des chandelles et des lampions en offrande, ça me coûte 15 roupies et les filles jouent avec le feu... Une foule de dévots tourne autour de la stupa, des enfants jouent au badminton, d'autres au ballon.

On soupe dans un resto avec vue sur les lumières, mais une panne d'électricité éteint cette féérie multicolore. La panne quotidienne... Il fallait s'y attendre. Même Bouddha n'y peut rien! Il faudrait revenir à l'époque où la stupa n'était illuminée que de lampions au beurre...

On rentre à l'hôtel vannées. Mais en chemin, Émilie n'oublie pas une idée qu'elle a derrière la tête depuis hier: elle veut des céréales, aperçues dans un magasin. Ça fait deux mois qu'elles n'ont pas eu de céréales pour déjeuner, alors j'accepte de prendre la boîte de céréales au chocolat super sucrées, comme on n'en mange jamais à la maison. À l'hôtel, pendant qu'elles se gavent de céréales, ça sonne sur Skype: mes parents nous appellent. « Allô, tout va bien, on a eu une super belle journée! » Mais les filles s'effondrent bien vite dans leur lit...


Tiffin (dîner) avec les enfants de Child Haven.

La mariée inconnue au mariage de laquelle j'ai dansé.