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dimanche 7 février 2010

Des nouvelles de Birmanie


Le pont de U Bein, à Amarapura en Birmanie

Nous venons de quitter la Birmanie, après quatre semaines. Même si nous avons trouvé le pays magnifique, je n'ai pas blogué pendant que nous y étions parce que je voulais éviter à tout prix que ça se sache que des journalistes étrangers s'y trouvaient. Je ne me prends pas pour une star de l'information, et je suis certaine que les généraux qui dirigent la Birmanie ont d'autres chats à fouetter que de s'intéresser à nous. Mais les journalistes sont persona non grata dans le pays. Lorsque le cyclone Nargis a dévasté les régions côtières de la Birmanie, en 2008, les médias n'ont pu rendre compte des dommages; le pays a même fermé ses frontières à l'aide humanitaire! La junte militaire ne veut pas de témoins qui pourraient rapporter ses incompétences ou la façon dont elle bafoue les droits de sa population. Il est bien documenté que le régime force ses citoyens à travailler, sans rémunération, pour réaliser certains travaux publics. L'armée se finance par l'extorsion; elle inciterait même des paysans à cultiver le pavot (la substance de base de l'héroïne), qui rapporte plus que la culture du thé, pour pouvoir leur extorquer de plus grosses sommes - voir le Courrier international du 4 février. En 2007, lors de manifestations contre la hausse du prix de l'essence menées par des moines bouddhistes, l'armée a tiré dans la foule. Résultat: au moins 31 morts et des images très disgracieuses de soldats battant à mort des moines pacifiques. Depuis des années, l'armée se bat contre des milices ethniques dans plusieurs régions du pays. La Birmanie regorge de pierres précieuses, de pétrole, de gaz naturel et de bois de teck, mais sa population compte parmi les plus pauvres d'Asie. La nouvelle capitale, construite au milieu de nulle part à coups de millions$, est une ville fantôme et un gouffre financier. Bref, il se passe des choses pas trop « bouddhiques » dans ce pays, et le gouvernement ne tient pas à ce que ça fasse jaser.

Certaines personnes à qui nous avions parlé nous avaient rendus un peu paranoïaques. Nous n'avions pas mentionné sur nos blogues notre intention de visiter le pays. Nous avons fait nos demandes de visas en cachant notre profession, mais nous craignions que les fonctionnaires fassent une recherche avec nos noms dans Internet. On entendait dire que nous serions suivis, que nos bagages seraient fouillés. On s'attendait à ce qu'il y ait des policiers partout, et qu'ils nous passent les menottes si nous sortions un carnet de notes pour faire une entrevue... On ne voulait pas se retrouver en prison avec nos fillettes!

Finalement, notre séjour a été des plus paisibles. Il y a bien eu quelques questions au moment de la demande de visa sur le «travail» inventé pour Marco (« Depuis quand enseigne-t-il à cette école? À quel niveau? Où est-elle située? »). Mais rien à notre arrivée à l'aéroport. Il faut dire que les employées de l'immigration étaient subjuguées par les filles... Voyager avec des enfants, c'est un bon truc pour écarter tout soupçon!

Si nous avons été suivis ou surveillés pendant notre séjour, nous n'y avons vu que du feu. Un restaurateur de Nyangshwe, au centre du pays, nous a raconté que, jusqu'à tout récemment, des partisans du régime enregistraient les conversations qu'il tenait avec les touristes dans son établissement. Ils faisaient ensuite traduire le tout pour vérifier s'il médisait du gouvernement. Mais cette pratique semble avoir cessé. Le régime du généralissime Than Shwe, qui règne en despote sur le pays, semble s'assouplir un peu. Il cherche l'approbation de la communauté internationale pour que la nation cesse de faire partie des parias. Un émissaire américain a été reçu en décembre dernier, une première en 14 ans! Des élections seront tenues cette année (les premières depuis 1990), et les généraux affirment qu'ils laisseront les gens voter librement. Nous avons lu un éditorial dans le journal Myanmar Times, contrôlé par l'état, où l'on appelait à des élections libres, à la liberté d'expression et la liberté de presse.

Mais dans les faits, ça ne bouge pas fort. Aung San Suu Kyi, la chef de la Ligue pour la démocratie, est toujours confinée chez elle, en résidence surveillée. Le parti n'a pas le droit de tenir des rassemblements. Les généraux ont annoncé qu'ils se réserveront 25% des sièges, peu importe le résultat du scrutin. La date des élections n'est toujours pas déterminée, ce qui n'aide par les partis à se préparer – on parle d'octobre prochain, mais il semble que c'est l'astrologue du général Than Shwe, très superstitieux, qui aura le dernier mot.

Beaucoup de Birmans à qui nous avons parlé sont sceptiques devant la volonté du régime de tenir des élections réellement libres. Ils voudraient y croire, mais sont méfiants. Certains souhaitent que l'excès de confiance des militaires se retourne contre eux. « Les généraux sont tellement déconnectés de la population qu'ils sont certains de gagner les élections, même sans trucage », nous a dit une guide rencontrée à Mandalay, la deuxième plus grosse ville du pays. Ça lui fait espérer que le scrutin sera vraiment libre. Lors des dernières élections, en 1990, le régime militaire était aussi certain de l'emporter. Finalement, c'est la Ligue pour la démocratie qui a gagné, avec 82% des voix. Les militaires ont refusé de lui céder le pouvoir et la leader, Aung San Suu Kyi, est détenue de façon plus ou moins continue depuis. L'histoire se répètera-t-elle? On attend avec impatience de le savoir.

***

Donc, nous avons quitté la Birmanie. Nous sommes maintenant à Hanoi, au Vietnam. Mais j'ai encore d'autres histoires au sujet de la Birmanie avant de vous parler du Vietnam, où l'on devrait passer plus d'un mois.

Quelques uns des 4000 temples de Bagan, l'un des sites les plus particuliers que j'aie vus


Beaucoup d'or dans les temples, peu de cahiers dans les écoles... Ça m'horripile terriblement!


Femme magnifique de l'ethnie pa-o, au marché de Nyangshwe


Gamins à Amarapura. La population birmane vit dans une grande pauvreté. Pendant ce temps, la junte militaire déplace la capitale à grands coups de millions $.



Femmes pa-o retournant dans leur village, très chargées, après le marché hebdomadaire à Nyangshwe

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